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 ARIES ◭ shadow of the sun

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MessageSujet: ARIES ◭ shadow of the sun   Mar 13 Jan - 14:23

ARIES ET LUUS — 2226 (STANOVOY RANGE)

Il y avait dans l'air un parfum étrange, presque surprenant pour un endroit tel que l'extérieur. En son sein, Luus savait que quelque chose allait arriver. C'était un pressentiment, un ressenti malsain qui coulait dans ses veines et qui faisait frissonner chaque parcelle de sa peau. Au loin, le soleil ne déclinait pas. Il ne déclinait plus depuis longtemps déjà. De temps à autre, il y avait une brise légère, presque extraordinaire qui faisait soulever ses longs cheveux bruns. Mais ce doux zéphyr ne suffisait pas à oublier la saison. La chaleur était bel et bien là. Étouffante, rigide, insurmontable. Le matin même, lorsqu'elle s'était réveillée, Luus avait compris que cette journée allait être tout particulièrement difficile. Depuis longtemps déjà, elle ne connaissait pas le repos. Son sommeil était fragmenté, déchiré, souillé par des visions d'horreurs. Son père, d'abord. Puis arrivaient par vague les visages de ceux qu'elle avait perdu, assassiné, oublié. Ceux qui avaient quitté l'étendu de la Sibérie pour rejoindre le dôme, tels des lions malades pressés de rejoindre leurs cages. Tels des lâches, fatigués de se battre pour leur liberté. Et cela, Luus ne pouvait leur pardonner. Elle reprochait à chacun le terrible abandon face à ce monde rempli d'infamies. Elle reprochait la faiblesse, la douleur, la souffrance que pouvait ressentir le moindre survivant qui, d'après son passé, n'était rien qu'un tour de manège. Qui n'était qu'une mascarade, un pur déni sur ces terres sans cœur.  C'était elle, l'enfant du pays, qui avait les plus grands maux. C'était elle, l'enfant du pays, qui souffrait le plus. Et pourtant, c'était elle, l'enfant du pays à la fois seule et tragique, qui se battait le plus. Elle se battait pour elle-même, pour son père et au-delà de tout, pour son clan.
Aujourd'hui encore, sa première pensée avait été pour les siens. Son sang s'était forgé parmi eux ; elle leur devait un dévouement des plus totales. Alors lorsqu'elle avait quitté son camp, elle ne s'était pas retrouvée seule face à la nature et aux horreurs qu'elle pouvait parfois offrir. Quelques pilleurs l'accompagnaient, bien évidemment. Parmi eux se trouvaient des meurtriers des plus ingrats, des bêtes sauvages des plus cruelles, mais aucun n'était l'équivalent de Luus. Luus était une guerrière, une conquérante, une assoiffée de pouvoir ; elle n'avait rien d'une meurtrière, si ce n'était la froideur et l'insensibilité flagrante qui se dégageait de ses yeux. Et ses yeux, rares étaient ceux qui parvenaient à les distinguer derrière ses verres sombres et épais, qui ne la quittaient jamais en été. Car le soleil, c'était bien une chose que ne supportait pas Luus. Elle n'appréciait pas le trop de confort qu'il offrait aux survivants, la lumière intense et infatigable qui ne cessait d'évoluer, sans jamais rétrécir, sans jamais s'arrêter. Elle n'appréciait pas la dangereuse visibilité, l'étrange stabilité et la chaleur qu'il dégageait sans relâche pendant des semaines durant. C'était une saison à en crever, une saison à mourir sous l'eau fraîche. Puisse encore trouver de l'eau fraîche devant les portes de l'Enfer. Car l'Enfer, c'était le dôme. Le dôme et ses habitants, le dôme et son prétendu confort. Le dôme et ses prétendus maîtres.
Instinctivement, cette pensée figea son corps de chiffon. Elle resta immobile de longues minutes ; son regard parcourant l'étendu qui se dessinait devant elle. Elle avait l'impression que quelque chose de mal allait se passer. Quelque chose de dangereux, d'animal, de brutal. Quelque chose d'attendu, qui brûlait sa peau de velours. Elle s'humecta les lèvres tandis qu'un sourire malicieux illumina son visage, jusqu'à maintenant fermé. « Les gars, on se sépare. Ici, dans 24 heures. Les retardataires seront considérés comme morts et rentreront par la petite porte. » dit-elle, après un silence qui avait duré de longues minutes, durant lesquels les pilleurs s'étaient observés, incrédules. Son regard se posa sur l'un d'eux. Elle lui fit signe de la tête de le suivre et, sans prévenir, quitta le groupe en sa compagnie.
Tandis qu'elle s'éloignait de son équipe, un chuchotement s'éleva parmi les hommes. L'attitude parfois castratrice de Luus en agaçait plus d'un ; elle en jouait à chaque fois un peu plus. Le faible brouhaha qui s'était installé se fit de plus en plus inaudible. Très vite, les deux personnes se retrouvèrent dans un silence des plus totales, presque macabre. Une nouvelle fois, Luus fut envahie par un sentiment étrange. Suspect. Un bruit à sa droite les fit se stopper net. Là, plongée au milieu de cet orchestre, Luus écoutait. Seule la respiration essoufflée et saccadée de son coéquipier interrompait la nature. Très vite, elle en fut agacée. « Crache tes poumons ailleurs,  casse-toi. » lui ordonna-t-elle. « Mais et les autres ? Les portes sont ouvertes, il doit y avoir... » Il n'eut pas le temps d'achever sa phrase que Luus le fusilla du regard. Il déguerpit, non sans marmonner quelques jurons à la seconde de son propre clan. Il avait raison, elle le savait pertinemment. Il avait raison de la mettre en garde, elle le savait très bien et elle s'en fichait. Elle ne craignait pas les hommes. Elle ne craignait pas le monde dans lequel elle vivait. Elle ne craignait pas la mort et par dessus tout, elle ne craignait pas le dôme. Les portes avaient été ouvertes. Des hommes en étaient sortis. Dangereux. Malsains. Fourbes. Cupides. Aveuglés. Mais elle n'avait pas peur. Du moins, elle n'avait pas peur de s'aventurer seule dans l'immensité de la Sibérie. En revanche, que son chemin croise celui d'un citoyen du dôme venu chercher un peu d'aventure, c'était une autre histoire. Une histoire bien sombre, malheureuse et dramatique dont la fin était des plus tragiques. Elle retira ses lunettes et, presque comme un animal, elle ferma les yeux et laissa ses sens la guider. Elle sentait que quelque chose allait arriver. Que quelqu'un allait approcher. Lentement, elle sortit son couteau de son étui. Accroché à son dos, il y avait son fusil. Seulement aujourd'hui, Luus n'était pas une citoyenne du monde qui agissait en tant qu'humain. Luus était un animal, sauvage et indomptable. À l'image de ses combats. Aussitôt à l’affût du moindre bruit, elle entendit un craquement qui se mit à retentir jusqu'à sa moelle. Elle ouvrit les yeux. Devant elle, se dessinait une silhouette méconnue.
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