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 No Escape [Eleni & Jarek]

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MessageSujet: No Escape [Eleni & Jarek]   Jeu 8 Jan - 19:57

No Escape
Eleni Kiriaki & Jarek Volkov
Il y avait des guerres armées et des guerres inconscientes. Les premières laissaient des rigoles de sangs dans son sillage, comme si quelqu’un, quelque part, se repaîtrait de tout ce massacre. Jarek était à peu près sûr de savoir qui cela nourrissait, tout ces combats. La force des armes et de la volonté individuelle était quelque chose qui le dépassait. Pourtant, c’était son métier. Mais prévoir, empêcher, combattre, les menaces, ne voulait pas dire qu’il avait finit par se faire au goût du sang et à la vision de vies simplement arrêtées. Il semblait y en avoir autour de lui qui ne sciaient plus devant tout ça et qui ne haussaient pas le sourcil devant certains ordre. On pouvait argumenter que lui non plus, en apparence. Il avait tellement cultivé, sans le savoir, le goût de l’indifférence face à la souffrance, qu’il arrivait bien à simuler. Faire croire aux autres que l’existence des immigrés lui était aussi indifférente que leur absence, c’était un sport qu’il pratiquait depuis qu’il était arrivé à la milice. Il avait été bon, aux vues de sa place. Que faire d’une telle compétence ? Si ce n’était se hisser suffisamment haut pour arriver à aider sans soulever trop de soupçons ? Jarek ne vivait plus pour voir sa vie se dérouler. Il s’attendait, chaque jour, à ce qu’on vienne l’arrêter. Pourtant il prenait milles précautions et il avait un système indéfectible qui le gardait très loin de possibles situations épineuses. Mais le colonel savait aussi et surtout que tout pouvait arriver. Que l’être humain était aussi imprévisible que versatile. Quelqu’un qui aurait pu lui sourire et l’aider une seconde, pourrait, sous la pression des indulgences, du pouvoir, vouloir sa disparition la minute d’après. Après tout, le pouvoir était tout ce qui pouvait élever ces gens au dessus des autres... Et surtout, les élever loin du besoin.

Ce déséquilibre avait créé une guerre invisible et il était un soldat dans les deux camps. D’un côté, il essayait de réduire son impact tout en tentant de conserver sa place, et de l’autre, il se tuait à organiser quelque chose d’assez grand pour secouer les plus hauts placés. Mais dans leurs tours de ferraille, il était infiniment difficile d’attirer leur attention. Et quand bien même on arrivait à l’avoir, ils avaient développé une telle force de dénis que Jarek n’était même pas sûr qu’ils se souvenaient réellement de ce que la Crimson Brotherhood était. Ils avaient éloigné un homme et avaient anéanti sa ligné, mais ils n’avaient pas tué l’idée qui s’élevait toujours, transcendante et intemporelle au dessus d’eux comme le vol du ciel, éclairant un lendemain nouveau. Les batailles battues n’étaient que des raisons de plus de se battre avec encore plus d’acharnement. Jusqu’à la folie. Mais la folie qu’il aurait choisis et accepter. Une folie éclairée d’une lumière d’idéal et de liberté. Même si il ne l’atteignait jamais, s’éteindre en sachant qu’il avait aidé ses frères et sœurs humains à approcher un petit peu plus de son idée d’égalité, alors il aurait fait quelque chose de sa vie.

Il n’y avait pas de journées plus noires que lorsque quelqu’un avait péri par les armes pour le colonel. Il ne laissait entrevoir que son professionnalisme froid. Peut être que d’autres miliciens devaient se dire qu’il avait un cœur de pierre, une âme froide et morte, depuis la mort de sa femme. Mais à l’intérieur, il s’éreintait. L’homme n’aurait jamais cru qu’il y aurait pu y avoir un fond à l’âme. Pourtant, il se sentait toucher un peu plus le fond chaque jour. La mort par la maladie, la mort à cause des accouchements, la mort à cause des radiations, tout cela faisait parti du processus naturel de la vie. La vie que leurs ancêtres avaient modifié il y a bien longtemps. Ils se devaient à présent de continuer leur chemin le plus loin possible. Mais contrairement à ce que pensaient pas mal de High Ground, ça ne passerait pas par l’oppression du nombre et la gouvernance de la minorité. Pour aller plus loin, il fallait y avoir ensemble. Ça ne tenait pas, cette illusion de structure de métal qui semblait pouvoir protéger tout le monde, ça finirait par s’effondrer et Jarek voulait arrêter cette folie avant que tout le monde ne finisse par s’éteindre. A vrai dire, son idéal de liberté et d’égalité avait aussi comme fondation profonde la survie. Mais il semblait qu’ils n’étaient que quelques saints d’esprit à le voir. Être le seul conscient au milieu d’une foule de fous... Ou était-ce le contraire ?

Son esprit s’émaillait comme un vieux morceau de métal. Perdant des morceaux et se rouillant à chaque mouvement. Il était temps de rentrer où il finirait par faire une connerie. Se protéger, protéger ses idées et son identité secrète lui imposait de se connaître et de se monter humble envers lui même. Savoir quand on ne pouvait plus tenir le masque et aller se cacher du regard des autres, c’était une décision délicate à prendre. Jarek prétexta une grosse fatigue à cause d’un dossier pour partir un peu plus tôt. Ses horaires étaient, de toute manière, flexibles. Il pouvait être réveillé en pleine nuit, il pouvait être d’astreinte pendant plusieurs jours d’affilé si un problème demandait son expertise... Du coup, partir quand « rien » ne se passait, ce n’était pas quelque chose d’inhabituel. Refermant la porte derrière lui, il alla directement se doucher à l’eau glacée. Malgré la possibilité d’utiliser de l’eau chaude, étant donné son rang, il préférait l’économiser. Dès qu’il se servait de l’eau chaude ou de la nourriture cultivée dans le dôme, il avait l’impression de retirer quelque chose à ceux d’en bas. Après une douche qui le rendu plus stressé qu’avant, il enfila un pantalon noir et un pull avant de se coucher sur son lit. Son ventre semblait avoir faim... Ou était-ce l’angoisse qui le rongeait sans qu’il n’arrive à trouver un moyen de s’apaiser ?... Il dû finir par s’endormir car il se redressa, désorienté, apparemment réveillé par quelqu’un qui sonnait à sa porte. Il voulu, une seconde, faire comme si il n’était pas là... Mais où serait-il ? Si cette personne allait à son bureau, elle verrait bien qu’il n’était pas là. Et Jarek n’était pas du genre à se promener partout pour aucune raison. En grognant légèrement, il roula hors de son lit et se redressa, tirant sur son pull pour effacer, sans succès, les faux plis. Il sortit de sa chambre et traversa le couloir principal de sa petite villa. Quelque chose qui avait été construit pour un célibataire certainement, ou une petite famille... Puis il se traîna jusqu’à la porte. La personne toqua une nouvelle fois. Prenant une inspiration silencieuse, il finit par ouvrir la porte pour découvrir quelqu’un qu’il connaissait très bien, depuis toujours... « Eleni ? Qu’est ce que tu fais là ? Attends... Ha merde. » Jarek se passa une main sur le visage et soupira « Désolé, je suis rentré plus tôt du boulot. Tu veux quelque chose ? » A vrai dire, même si il aimait beaucoup son amie de toujours, il n’avait envie de voir personne, il n’avait envie de parler à personne et encore moins de supporter une conversation banale pendant les prochaines heures. Il espéra secrètement que son amie voulait juste voir où il était et qu’elle repartirait immédiatement vaquer à ses propres occupations.
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MessageSujet: Re: No Escape [Eleni & Jarek]   Jeu 8 Jan - 22:29

No Escape
Eleni Kiriaki & Jarek Volkov


Eleni n'avait jamais peur de rentrer seule. C'était un concept qui lui était totalement étranger. Pourtant, cela arrivait, des jeunes femmes qui se faisaient agresser, pour voler leurs maigres possessions ou pour des raisons plus triviales. Mais qui dans le quartier aurait osé s'en prendre à Eleni ? Elle les connaissait tous ici, gardait leurs enfants et les soignaient parfois, amenait les couvertures et la nourriture que le gouvernement acceptait de distribuer, bien que ce soit de plus en plus maigre. Ils savaient tous qu'elle n'avait pas connu leur misère, mais cela ne les empêchait pas de voir qu'elle était loin de ce qu'ils s'imaginaient. Elle partageait leurs peines et leurs souffrances au quotidiens, et s'ils n'étaient les siens, ils savaient qu'elle était toujours prête à tendre la main.

Pourtant, quand elle avait rencontré Jarek un soir et appris qu'il travaillait dans le quartier quand elle même y venait, elle n'avait pas su refuser sa proposition de la raccompagner ce soir là. La routine s'était installée entre les deux, au grand plaisir d'Eleni. Entre Jarek et elle, cela remontait à leur enfance. Il avait été son modèle, sa seconde figure masculine quand elle manquait d'une présence féminine. Il avait été son grand frère. Et puis, d'une petite fille qui lui disait qu'elle se marierait soit avec lui soit avec son Papa, elle était devenue une jeune adolescente, une jeune fille qui voyait avec un mélange de terreur et d'appréhension sa relation changer. Elle ne lui avait rien dit, avant même d'oser mettre des mots sur ce qui était plus qu'un amour fraternel, elle était rentrée à l'Animus Vox. Elle avait pensé à lui là-bas, mais en sortant, avait découvert qu'il était fiancé et qu'il ne voyait toujours que la petite fille sans aucun doute. Elle aurait du déprimer, se laisser abattre, pleurer pendant des jours, des mois, tenter de le conquérir ou de briser son bonheur... Mais Eleni avait juste rebondi. Elle avait sourit à l'annonce, l'avait pris dans ses bras pour le féliciter comme une soeur. Elle avait appris à connaître Nari, et s'était tant pris d'affection pour la jeune femme qu'elle en avait oublié sa déception. Ou du moins l'avait écarté et enfouie bien profondément. Elles avait travaillé ensembles, et Eleni avait gardé un frère et gagné une amie proche. Mais depuis que Nari était décédée, les choses avaient changé. Les changements qu'elle avait refusé de voir en Jarek ne pouvaient plus être ignorés. Nari était la lumière qui lui manquait, sans elle il semblait s'être éteint, s'enfermant dans une façade glaciale.

Et les choses étaient devenues plus compliquées encore. Eleni ne pouvait nier les années qu'elle avait passé follement amoureuse, mais son mariage l'avait amené à tenter de laisser ça derrière elle. Elle n'avait plus de raison d'enfermer ses sentiments, mais les choses avaient changées, Eleni ne savait plus ce qu'il en était et surtout aurait toujours l'impression de trahir la mémoire de Nari. Pendant six ans, elle avait oscillé entre être son amie, son soutien et s'éloigner de lui pour être sûr de ne pas faire une erreur. Elle l'avait vu se retrancher dans son deuil et sa douleur, et si elle avait du mal à le reconnaître, elle avait parfois du mal à retrouver l'homme qu'elle avait aimé, le jeune homme qu'elle avait idôlatré. Il était devenu colonel à l'immigration, et si c'était son boulot et que quelqu'un devait bien s'en charger, savoir les horreurs qu'il voyait passer et qu'il perpétrait lui-même parfois... Eleni aurait voulu... Elle voulait, plus que tout, le sortir de tout cela, être à son tour sa lumière mais... C'était si compliqué, et elle même n'était pas sûre de le vouloir réellement. Elle n'avait jamais réussi à passer outre la petite fille enamourachée.


Eleni voyait les minutes défiler à attendre Jarek, et personne. De tous les jours où il la raccompagnaient il avait choisit ce soir pour lui poser un lapin. De nouveau, les larmes lui montèrent aux yeux. Elle qui paraissait toujours si forte, qui ne laissait jamais échapper la moindre parole défaitiste, qui savait toujours redonner espoir... La journée avait été éprouvante, encore une journée où personne n'avait mangé à sa faim. Elle avait perdu deux enfants en l'espace de quelques heures, ainsi qu'une future maman. L'horreur la frappait toujours plus présente et terrible chaque jour. Elle ne pouvait s'empêcher de ressasser les idées noires, l'angoisse qui mordait sourdement ses entrailles. Le dégout la prenait jusqu'aux lèvres. Elle n'avait jamais osé penser quoi que ce soit d'un tant soit peu contraire à ce qu'on attendait d'elle. Elle en avait vu des drames à l'orphelinat et dans les rues. Mais depuis peu, elle ne se résignaient pas en appelant à son secours un destin commandé par des forces toutes puissantes. Depuis quelques temps, les situations comme celle d'aujourd'hui la faisaient questionner la gestion du Dôme et de ses survivants. Eleni brûlait de colère comme elle l'avait rarement ressenti, et comme de plus en plus souvent mais depuis si peu, elle chercha quelqu'un à blâmer. Et elle le trouva. Au fond d'elle, Eleni maudissait le gouvernement de laisser ainsi tomber ses citoyens, peu importait où ils vivaient et d'où ils venaient. Facile à dire pour une fille de grand médecin, et pourtant Eleni n'en était pas moins consciente des conditions de vie des immigrés ou des simples citoyens. Cela l'écoeurait, parce qu'elle connaissait ces deux mondes, justement. Et pour la première fois, réellement, cela la révoltait.

Alors que presque une heure était passé sans signe de Jarek, Eleni s'inquiétait vraiment, et seule la pensée qu'il ait pu lui arriver quelque chose pouvait l'amener à sortir de ses pensées qu'elle regretterait demain matin, et la pousser à savoir si tout allait bien. Elle savait où il habitait, ce n'était pas très loin, et elle se mit en route y arrivant rapidement. Eleni sonna à la porte d'une petite maisonnée et attendit, anxieuse. De longues secondes qui lui paraissèrent interminables s'écoulèrent avant qu'elle n'ose frapper de peur que la sonnette n'ait pas fonctionné. Elle était de plus en plus inquiète et planifiait déjà de se rendre à la garnison la plus proche pour être sûr qu'il soit sain et sauf... Quand il ouvrit la porte.
Le soulagement put se lire sur son visage pâle, le teint brouillé par les larmes de la journée et la fatigue. On disait d'Eleni qu'elle ne se laissait jamais abattre, qu'elle était toujours celle capable de redonner le sourire, et peu l'avaient vu dans cet état. Quand elle perdait le sourire, elle, il n'y avais personne pour lui redonner...

- Pardon, je ne voulais pas te déranger mais je ne te voyais pas arriver et... J'ai eu une terrible journée et j'ai tout de suite imaginé le pire, montant mille et un scénarios qui expliqueraient que tu ne sois pas là...

Eleni sentit de nouveau les larmes lui monter aux yeux. La journée avait été bouleversante, et le voir la soulageait tellement que c'était comme si on ouvrait les vannes.

- Pardon, je voulais juste être sûr que tu ailles bien, je ne veux pas te déranger, tu as l'air d'avoir eu une mauvaise journée toi aussi... Je suis désolée Jarek, je ne veux pas te déranger...

La vérité était qu'elle ne voulait pas paraître si faible devant lui quand lui ne laissait passer aucune faiblesse. Elle ne voulait pas qu'on la prenne en pitié, après tout elle n'y avait pas droit. Elle était privilégiée, elle n'avait pas le droit de se plaindre. Et surtout elle avait peur. Peur de ce qu'elle pourrait laisser échapper, peur de se rendre compte qu'elle avait elle aussi parfois besoin d'une épaule sur laquelle pleurer, et peur de se rendre compte que celle de Jarek était bien trop confortable s'il la serrait contre lui. Le tourbillon de ses émotions l'empêchait de réfléchir posément, et elle préférait encore la fuite plutôt que de passer pour une faible, une idiote trop sensible. Eleni tourna les talons, sa visions rendue floue par les larmes, le pas chancelant. Ce n'était pas la Eleni qu'elle voulait être, surtout pas devant Jarek.


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MessageSujet: Re: No Escape [Eleni & Jarek]   Sam 10 Jan - 13:27

No Escape
Eleni Kiriaki & Jarek Volkov
Après quelques secondes, Jarek commençait à voir un peu plus clair. Le brouillard de sommeil dans lequel il s'était enveloppé commençait doucement à se soulever. A présent, il voyait clairement que son amie était contrariée. Si il y avait bien une personne qui avait un optimisme à tout épreuve et un sourire rarement absent, c'était Eleni. Aujourd'hui, il semblerait qu'il n'avait pas été le seul à passer une sale journée. C'était à relativiser, bien entendu, avec tous les immigrants qui n'avaient pas la vie facile du tout, tous les jours. Les privilèges de Jarek lui permettaient de manger, de dormir et de vivre confortablement mais son inconfort était beaucoup plus idéologique que physique. C'était comme un faux plis dans le ventre, dans le cerveau, qui l'empêchait de mettre son esprit en pause et de se reposer. Chaque fois qu'il essayait de se détendre, de se concentrer, il y avait cette pensée tournée vers les opprimés qui l'empêchait tout simplement d'oublier pendant une seconde. Des fois, il fantasmait de revenir à ce moment où il ne voyait rien, où les œillères étaient encore bien solidement vissées à sa tête, comme un organe additionnel avec lequel il était né. Il aurait voulu oublier, pendant quelques minutes, tout ce qu'il savait et tout ce qui se passait, tout ce qu'il avait fait. Mais malheureusement, rien de tout cela ne se passait et toujours les regards hagards des immigrants le dévisageaient. Il s'inventait ses propres ennemis intérieurs qui ne le laissaient jamais tranquille. Ce coup-ci, c'était le visage d'une vieille amie qui semblait s'être fâché avec les mêmes ennemis intérieurs. Il ne se souvenait pas d'un moment dans sa vie où il n'avait pas connu Eleni et ça l'obligeait à la considérer comme quelqu'un de sa famille sans forcément la considérer comme une sœur. Il était déjà rare d'avoir un enfant dans le dôme, alors deux... La notion de frère ou de sœur était quelque chose dans laquelle Jarek ne pouvait pas se projeter. Eleni avait surtout était une présence assez constante dans sa vie, surtout quand Nari était morte.

La jeune femme s'excusa et avoua qu'elle s'était inquiétée en constatant l'absence de Jarek à leur point de rendez-vous. La réflexion manqua presque de le faire sourire. Malgré le fait qu'il était sensé travailler avec des gens dangereux et prêts à tout, il ne se considérait que très rarement en danger. Le danger, c'était lui la plus part du temps. Son boulot semblait presque vouloir dire : faire peur aux autres. La milice rôdait comme des verts autour de pommes juteuses. Ils étaient une mesure préventive qui devait décourager toute tentative de rebellions. L'idée même qu'ils pourraient, en fait, attiser le feu pas tout à fait éteint de l'espoir, n'était apparemment pas venu aux idées des dirigeants. La répression, Jarek en était sûr à présent, était un outil de peur. Les dirigeants avaient peur du peuple et ils le gardaient en respect avec des menaces physiques et psychologiques... Car finalement, si un jour tout ce beau monde avait l'idée de se rebeller et d'en venir aux mains, il était assez peu probable que le gouvernement de ce monticule de métal s'en sorte.

Eleni s'excusa une seconde fois et fit mine de partir, prétextant ne pas vouloir le déranger car lui aussi semblait être lessivé. Alors qu'elle s'éloignait déjà, Jarek ne pu se retenir d'attraper le bras d'Eleni. « Attend ! » Il la tira doucement vers lui en faisant attention à ne pas parler trop fort. Il observa rapidement les alentours. « Tu ne me déranges pas, entre. » Et il se poussa pour faire rentrer la femme tout en gardant un œil sur les alentours. Pleurer n'était pas interdit, dans le dôme, mais ça pouvait éventuellement élever des suspicions. Et celles-ci, même minimes, autour des gens qu'il connaissait était incroyablement dangereux pour lui. Sans compter qu'Eleni avait vraiment l'air secouée et qu'une partie de lui, bien cachée et bien compartimentée s'inquiétait un petit peu quand même. Son amie n'avait pas l'habitude de se laisser submerger comme ça, alors ça voulait dire que quelque chose de vraiment grave c'était passé... Jarek se dirigea vers ce qui ressemblait le plus à une cuisine et sortit une bouteille d'eau pure. « Tu veux de l'eau ? Quelque chose à manger ? » Il n'y avait jamais beaucoup de choses chez lui... Il ne supportait pas de vivre dans l’opulence comme certains de ses voisins faisaient, ça le rendait carrément malade. Il avait à peine le minimum pour ne pas paraître suspect. Pour être franc, il ne savait pas bien comment faire. C'était la première fois qu'il se retrouvait dans cette position. Il y a des années, c'était Eleni qui s'était occupé de lui et l'avait aidé dans ses épreuves. Depuis, Jarek avait prit un sacré tournant dans sa vie et il était plus habitué à gérer les situations de crises officielles, à son boulot, ou officieuses à la Crimson Brotherhood que de s'occuper de sa vie privée. Dans sa tête, quelques fois, cette dernière était un rideau qui cachait tout ce qu'il pensait. Personne ne se posait trop de questions sur un veuf déprimé qui ne sortait pas beaucoup et n'avait pas beaucoup d'amis. Paradoxalement, son veuvage qui l'avait ravagé, était devenu une bonne couverture pour ses actions. Se tournant vers Eleni, il la considéra quelques secondes avant de demander, un peu penaud « Il s'est passé quelque chose à l'orphelinat ? » Il savait que la vie n'était pas toute rose là bas. Pire, c'était un peu le lieu qui catalysait toute l'horreur qui se déroulait dans les couloirs de métal du dôme... Comment son amie arrivait à garder bonne figure aussi longtemps sans craquer ?
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MessageSujet: Re: No Escape [Eleni & Jarek]   Sam 10 Jan - 20:00

No Escape
Eleni Kiriaki & Jarek Volkov


Les yeux baignés de larmes, Eleni se sentie comme une noyée que l'on tire de l'eau lorsque la main de Jarek attrapa son bras. C'était tellement stupide mais c'était rien de plus que du contact humain dont elle avait besoin alors qu'elle se sentait si désemparée. Elle passait ses journées à se soucier des autres, et elle n'avait personne pour se soucier d'elle. Elle avait des amies, des proches à l'orphelinat et les enfants lui rendaient tout l'amour qu'elle leur donnait, mais elle avait ce vide, cet immense vide qu'elle comblait en donnant de l'amour... Mais qu'elle avait appris à accepter de ne pas en recevoir en retour.

Eleni vit Jarek regarder autour d'elle, et dans un hoquet elle se reprit. Elle ne devait pas paraître ainsi, ce n'était pas convenable et elle ne pouvait pas éveiller les soupçons alors qu'elle était devant chez Jarek. Il n'avait pas besoin de ça, on avait plutôt l'habitude dans le Dôme de se méfier des gens ouvertement malheureux car après tout, il n'y avait que les gens malheureux qui avaient des raisons de se plaindre et ce n'était pas bien vu par ici. Surtout pas quand Jarek avait sans doute régulièrement à faire avec des gens qui avaient osé critiquer l'ordre bien établi de qui vivait et qui mourrait comme un chien sous le dôme.

- Juste un verre d'eau, merci....

Eleni n'avait rien mangé depuis le matin, - ou peut-être était-ce la veille au soir ? - mais son estomac refusait l'idée même de se remplir. Elle n'était pas de ceux les plus à plaindre, si en tant que membre de l'Animus Vox elle avait moins de confort que si elle était restée avec son père et avait suivi ses traces, elle n'avait pas à se plaindre. Toutefois, ces dernières années les rations s'étaient faites de plus en plus légères pour tout le monde et Eleni qui avait pris l'habitude de manger comme un moineau pour partager en avait fait une habitude tenace. Sans compter qu'au quotidien, il y avait tant de choses pour lui couper l'appétit qu'il lui arrivait constamment de sauter des repas. Et aujourd'hui était un de ces jours, alors qu'elle ne réussissait pas à ôter de son esprit les convulsions d'un petit garçon dans ses bras alors que la fièvre finissait par l'emporter. Combien de fois était-elle rentrée de Cerberus Hall malade à s'en faire vomir tant les images de la journée la rendaient malade. La faim, la pauvreté, la crasse, et des enfants à qui l'on refusait des soins, à qui l'on refusait une vie correcte. Eleni ne parvenait plus à accepter ces situations, elle ne parvenait plus à croire que quiconque accepte cette situation.

Eleni tourna la tête en signe de dénégation. A l'orphelinat, c'était toujours les mêmes horreurs et si terrible qu'elles était, elle s'y était faite rapidement. Les enfants qu'on lui amenait victimes de mauvais traitement, des enfants qu'on lui amenait sous le choc d'avoir perdu leurs parents emportés par la maladie ou parce que leur mère avait eu le malheur de retomber enceinte... Et ceux qui avaient vu leur parent disparaitre lors d'une sortie du dôme, incapable de faire leur deuil, s'accrochant à la pensée qu'ils étaient peut-être encore en vie, quelque part. Pour la plupart des enfants qu'elle avait récupéré à l'orphelinat, la vie ne leur souriait plus et ne leur sourirait plus jamais. Quelques chanceux auraient la chance d'intégrer l'Animus Vox, certains pourraient peut-être retrouver une place décente dans la société. Nombreux ceux qui ne seront que des citoyens de seconde zone, destinés aux métiers les plus dégradants ou dangereux et aux rations maigres. Et les petites filles, combien d'entre elles auraient une vie décente ? Combien d'entre elles survivraient à leur première grossesse si elles avaient la chance d'obtenir un permis ? Et pire encore, combien seraient abattues avant de l'obtenir ? Cela rendait Eleni malade. Mais aujourd'hui, ce n'était pas l'orphelinat. Eleni travaillait régulièrement dans les quartiers les plus pauvres ainsi qu'au Cerberus Hall, distribuant les denrées que le gouvernement consentait à leur laisser, accompagnant les rares docteurs ou infirmières qui acceptaient de s'occuper d'eux, sans matériel ni médicaments. Eleni avait prouvé son utilité, sans matériel personne n'était vraiment apte et des années à accompagner le personnel de santé et à observer attentivement son père lui avait permis d'apprendre ce qui était nécessaire pour les soins les plus légers. Poser une attelle, surveiller l'évolution d'une fracture, remettre certains os en place, donner des conseils pour soulager une douleur. Mais la plupart du temps, ces gens avaient besoin d'un médecin, et surtout d'un médecin qui avait des médicaments, ce qui n'arrivait pour ainsi dire jamais. Eleni était condamnée à regarder les gens souffrir, et mourir. Deux enfants ce matin, et une jeune maman, certainement une crise d'éclampsie. Son agonie avait été terrible mais Eleni était restée quand tous les autres étaient partis. Elle avait tenu la main alors qu'elle savait qu'elle allait mourir. Elle en avait vu d'autres, mais la jeune femme avait les mêmes yeux qu'elle, le même âge, et Eleni ne pouvait s'empêcher de se voir en elle. Ou plutôt de se rendre compte qu'elle n'en serait jamais arrivée là, qu'elle aurait eu un médecin, des médicaments, et qu'elle aurait été accompagnée pour ne jamais en arriver là. Et cette situation la dégoutait, profondément.

- Je n'en peux plus Jarek... Je ne veux plus les regarder mourir, je ne peux plus...

Eleni réprima un sanglot, posant sa main devant sa bouche, inspirant profondément pour se calmer. L'horreur des images qu'elle n'arrivait pas, qu'elle n'arrivait plus à mettre de côté la submergèrent. Jamais elle n'avait osé dire quoi que ce soit, jamais elle n'avait osé témoigner de ce qu'elle vivait, jamais elle n'avait osé remettre en question tout ce qui lui avait été inculqué... Et si il lui était restée un peu de jugeote, si elle n'avait pas été en état de choc... Jamais elle n'aurait rien dit à Jarek. Elle avait beau l'aimer un peu trop aveuglément, cherchant toujours à voir l'homme qu'il était auparavant, elle était consciente, bien trop consciente qu'il avait changé et que sa place n'était plus la même. Si elle osait seulement se plaindre, si elle osait critiquer l'ordre naturel des choses dans le Dôme, il serait sans doute obligé de la dénoncer. Mais la douleur et l'horreur l'empêchait de réfléchir clairement comme elle le faisait d'habitude. Eleni savait qu'il était un soldat intransigeant, elle savait qu'il avait lui-même exécuté de nombreux opposants, des immigrés et tous ceux qui pouvaient s'opposer à la politique du Dôme. Eleni se demandait parfois si quand il avait amené des orphelins à l'orphelinat il n'avait pas lui même été obligé d'executer leurs parents... Mais Eleni était juste incapable de réfléchir clairement. Cette journée avait été la goutte d'eau qui avait fait déborder le vase et incapable de réfléchir, incapable de se contenir, elle laissa déborder les horreurs qu'elle avait vécu ces dernières années.

- Tout ce que j'ai vu là-bas, c'était une jeune femme terrifiée qui devait avoir son bébé dans quelques semaines, dans des conditions terribles, sachant qu'elle était condamnée. J'ai vu la peur dans ses yeux Jarek, mais derrière la douleur et la peur de mourir j'ai aussi vu le soulagement. J'ai perdu deux enfants aujourd'hui, que je n'aurai jamais perdu s'ils avaient été à l'orphelinat, s'ils n'avaient pas été des immigrés...

Des années durant, Eleni avait accepté cette simple constatation que chacun avait sa place, que chacun avait son destin qui ne devait être remis en question. Eleni l'avait accepté, comme ceux qui avaient une position correcte l'acceptaient, se contentant de ne pas regarder les souffrances des autres. Eleni avait voulu prendre ces souffrances sur son dos, aller à la rencontre de ceux que d'autres préféraient ne pas voir. Et tiraillée entre deux conceptions, entre deux mondes, voir ces souffrances lui étaient peu à peu devenues insupportables. Elle avait ouvert les yeux, parce qu'elle avait aussi voulu apprendre à connaître ces gens, pas simplement les considérer comme des sous-êtres. Elle avait joué avec ces enfants, les avait encouragé à apprendre, à prendre soin les uns des autres. Elle avait veillé sur eux, les avait vu grandir, et pour un trop grand nombre, les avait vu mourir. Il lui avait fallu presque quinze ans pour ouvrir réellement les yeux, pour comprendre son malaise et faire un pas en arrière, accepter les choses comme elle l'avait fait au début de sa carrière lui semblait à présent impossible. Les vannes s'étaient ouvertes, en dépit de toute logique, en dépit de toute prudence. Elle était dans la maison d'un haut gradé, et s'il était son plus vieil ami, il pouvait en un battement de cil la dénoncer et faire en sorte qu'elle n'ait plus à ressasser ces idées...

- Je ne veux plus faire comme si c'était normal, comme si nous avions chacun notre place et qu'il fallait l'accepter. Pourquoi est-ce que certains meurent de faim quand d'autres ont tout ce dont ils ont besoin...

Jamais elle n'aurait osé penser de telles choses ne serait-ce que quelques mois auparavant, mais la lassitude avait eu raison de l'enthousiasme de ses débuts et de la peur.

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MessageSujet: Re: No Escape [Eleni & Jarek]   Sam 10 Jan - 22:20

No Escape
Eleni Kiriaki & Jarek Volkov
Eleni finit par rentrer et accepter un verre d'eau. Sans attendre, Jarek sortit un verre et versa de l'eau pure dedans avant d’apporter le verre à son amie. De plus en plus, Jarek commençait à s'inquiéter. Il savait qu'elle devait voir des choses qui n'étaient pas très jolies... En fait il l'oubliait souvent. Quand il passait, les fois où il apportait des enfants, il les voyait généralement sourire, rire, jouer... Il ne s'interrogeait pas plus que ça pour savoir si ces gamins vivaient des heures plus sombres. Pourtant, il devait bien se passer des jours où ils avaient des questionnements, sur leurs parents, sur leur place dans le dôme, sur leur futur, et sur leur survie... Lui n'en avait jamais ressenti le besoin car il avait été entouré de parents fortunés, talentueux, respectés et aimants. Sa mère, surtout, l'avait entouré dans un cocon depuis son plus jeune âge et avait attendu énormément de temps avant d'accepter de le confronter à la situation des immigrés et des gens à l'extérieur. Il était incroyablement facile d'ignorer tout ça quand on vivait dans un quartier isolé, à l'abri de tout, et surtout de la vérité. Son père avait été plus pragmatique, mais n'avait jamais caché à son fils qu'il trouvait que c'était un mal nécessaire. Et comme un parfait petit garçon, il avait longtemps suivi les traces de son paternel, reprenant les rennes de ses pensées... A présent, il se rendait compte que c'était des excuses pour ne rien changer. Car changer voudrait dire abandonner tout ça, abandonner ce qu'on était, le rang qu'on avait obtenu ou les avantages qui étaient liés. Ils n'étaient pas prêt à abandonner tout ça ou alors ils avaient été aveuglés trop efficacement, comme il l'avait été lui, pendant des années.

Et il se souvenait très bien, du jour où les vannes avaient été ouvertes. L'accumulation du dernier souffle de Nari et cet immigré qui l'avait interpellé, cela avait tellement perturbé son esprit qu'il avait du prendre un congé et s'enfermer chez lui. Il avait eu une longue crise d'angoisse. Allant de pièce en pièce, à la recherche de quelque chose qui arriverait à le soulager et à le calmer. Ca avait été inutile, bien entendu, et il s'était réveillé le lendemain, sur le sol. Il avait angoissé jusqu'à tomber de fatigue et s'évanouir. Une incroyable dépression, profonde et intense l'avait cloué chez lui pendant des jours avant qu'il ne reprenne le boulot. Pendant ces jours passé chez lui, sa tête remuait tout ses souvenirs, toutes ses croyances. Jarek en avait été malade physiquement, jusqu'à en vomir. Il avait l'impression de tomber dans un monde qu'il découvrait à peine et dans lequel il ne pouvait que tâtonner maladroitement pour avancer, tel un petit bébé fragile qui apprenait à peine à marcher. Tout le monde ressemblait à l'ennemi et rien ne semblait être un échappatoire. Et là, Joram entra en jeu en lui offrant une chance de retrouver une raison de vivre, une raison de continuer à respirer et une raison de continuer à faire quelque chose qui le révulsait... A présent, la Crimson Brotherhood était son sang... Car elle l'aidait à se lever chaque jour, à effectuer sa besogne en se disant qu'à la fin, ça porterait ses fruits et ils arriveraient à faire quelque chose de tout ça. Ils arriveraient à leur idéal.

Autour de lui, Jarek se demandait souvent si ces gens allaient se rendre compte de tout ça et passer à travers la même crise que lui. Eleni, d'ailleurs, avait toujours été quelqu'un qu(il aurait vu avoir une crise bien plus tôt étant donné son contact avec les enfants. Lui courrait souvent après des gars ayant été conte les règles ou ayant fait des actes horribles. Ainsi, il aurait été facile d'ignorer toutes ses envies de liberté et constater que ce que le dôme lui demandait de faire était juste... Mais il aurait pensé, naïvement, qu'être au contact d'enfants qui n'auraient jamais la possibilité d'avoir une vie aussi protégée et dorée que certains autres, amenderait n'importe qui à se questionner sur le système. Il fallait croire que l'éducation de l'Animus Vox était efficace et portait ses fruits avec brio. Mais il n'était pas impossible d'en sortir. Il en était la preuve vivante et il considérait que tout le monde pouvait le faire, à condition d'avoir les bons « chocs » pour arriver à ouvrir les yeux. Et il semblait que son amie venait de l'avoir, son choc. Ce n'était pas plaisant à voir. Comme quelqu'un de compatissant en voyant un ami avoir une maladie qui devait « juste passer » comme la plus part des maladies mineures qui traînait dans le dôme. Lorsqu'elle se mit à lui parler, il comprit qu'elle avait juste besoin de déverser tout ce qu'elle pensait à quelqu'un. Parler à un autre être humaine était quelque chose qui manquait souvent à Jarek. Il avait Joram, ami d'enfance et frère d'arme à la fraternité, pour parler, mais il se trouvait quelques fois dans une impasse... Il n'avait pas envie de l'accabler plus que nécessaire, entant que frère dans la Crimson, il avait ses propres problèmes et ses propres démons. Il aurait pu parler à Eleni, mais ça l'aurait mit en danger, ça l'aurait perturbé et ça l'aurait bien trop impliqué... Et voilà que la situation était inversée...

Eleni se mit d'abord à dire qu'elle n'en pouvait plus. Ces simples mots, dit en présence de quelqu'un d'autre, aurait pu avoir des conséquences bien plus désastreuses... Il s'approcha de la jeune femme, incapable de savoir quoi faire. Il n'avait jamais eu à réconforter quiconque jusqu'ici et il n'était pas une personne particulièrement chaleureuse. Son boulot ne lui permettait pas non plus d’exercer une quelconque capacité sociale. Il était entraîné à devenir suspicieux, à traquer, à menacer. Lorsqu'elle eu finit de lui raconter ce qui s'était passé chez les immigrés, la mort d'une femme et de deux enfants, il posa sa main sur son épaule et s'approcha doucement. « Eleni, calme toi... » mais elle reprit une nouvelle fois pour lui expliquer à quel point elle en avait marre du status quo et du règne des classes sociales immuables... Il raffermit sa prise sur son épaule, pas assez pour lui faire mal, mais assez pour lui faire reprendre son esprit un petit peu.

« Eleni, regarde moi... Bois ce verre d'eau, déjà... » Ca lui laisserait le temps de remettre ses idées en place, si tant est qu'il y avait encore de la place dans son esprit pour faire le vide. « Assieds-toi là. » Et il la guida jusqu'à un petit canapé délavé mais confortable. Il s'installa à côté d'elle. « Tu en as parlé à quelqu'un de tout ça, tu l'as dis à quelqu'un d'autre, des collègues, des enfants, des amis à toi ? » Il devait savoir si il allait devoir gérer l'arrestation de son amie d'enfance ou si il y avait moyen de réparer les pots cassés et éviter de se retrouver dans une situation dangereuse. « Eleni, tu ne dois en parler à personne... Tu comprends ? Tu le sais, n'est ce pas ? » Elle n'était pas débile, mais dans la précipitation, dans l’affolement, dans la panique, elle pouvait être très fragile et devenir moins vigilante. C'était un risque qu'il ne fallait jamais laisser s'installer car on ne le prenait qu'une seule fois. « Promets moi que tu ne vas en parler à personne. Même pas une allusion, même pas un seul mot là dessus, d'accord ? » Il cherchait à la regarder dans les yeux pour insister et lui faire comprendre à quel point c'était important.
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MessageSujet: Re: No Escape [Eleni & Jarek]   Dim 11 Jan - 18:58

No Escape
Eleni Kiriaki & Jarek Volkov


Ses mains tremblaient, serrées autour du verre d'eau que lui avait offert Jarek et qu'elle avait pris machinalement, incapable de faire quoi que ce soit de manière réfléchie. Elle avait l'impression de se noyer, et de déverser ses paroles comme si c'était le seul moyen de garder la tête hors de l'eau. Le chagrin, la lassitude, le manque de sommeil avaient eu raison de ses nerfs. Cela arrivait souvent à l'orphelinat, les jeunes femmes qui craquaient, mais au final tous apprenaient à vivre avec l'ordre établi. Beaucoup pour se protéger prenaient une distance nécessaire et c'était ce qu'avait fait Eleni, bien décidée à ne se concentrer que sur le présent, que sur ce qu'elle pouvait changer. Elle avait fait tout son possible pour répandre un peu de lumière autour d'elle, avait agit avec ses moyens mais elle n'avait fait que poser un minuscule sparadrap sur une blessure immense. Elle était totalement impuissante et si elle avait pu changer ou sauver une vie ici ou là, cela ne changeait rien à l'horreur de la situation... et au fait qu'elle était impuissante.

Alors Eleni laissait les mots se déverser, comme s'ils pouvaient changer quoi que ce soit. Elle avait besoin d'extérioriser tout cela. Cette rancoeur, ce défaitisme, cette violence dans ses sentiments, et plus que tout l'impuissance qui la menait à décrier la situation, jamais elle n'y aurait songé quelques mois auparavant. Mais trop c'était trop. Au fond, ce n'était qu'un épisode, un ras le bol général, et Eleni se sentait désemparée alors qu'elle avait l'impression que tout cela ne menait à rien. Pourtant, elle n'en baisserai pas les bras, et se relèverai demain en reprenant comme si rien ne s'était passé. Mais si elle ne faisait pas sortir ce qui lui pesait si douloureusement sur le coeur, elle ne pouvait s'imaginer laisser cette rancoeur derrière elle. Le choc l'empêchait de réfléchir correctement, et tout ce qu'elle pouvait faire c'était laisser échapper ses mots pour tenter de vider ce qu'elle avait sur le coeur avant qu'il n'implose. Pourtant, si elle avait été en pleine possession de ses moyens, Eleni aurait réalisé qu'elle pouvait signer son arrêt de mort...

La voix de Jarek sonna dans son esprit comme a des kilomètres, incapable de cesser sa litanie. Même la main sur son épaule ne la ramena pas à la réalité. Alors qu'elle sentait monter une fois de plus les sanglots, il raffermit la prise sur son épaule, et lentement, la ramena au présent. Comme dans un rêve, comme dans un brouillard opaque, Eleni s'executa, sentant lentement qu'elle recouvrait ses moyens, ravalant ses sanglots, essuyant de sa manche des larmes qu'elle n'avait que trop retenu. Lentement, elle s'assit sur le canapé de Jarek, elle bu son verre d'eau, sentant son coeur se calmer dans ses tempes, reprenant lentement conscience de ce qui se passait autour d'elle. Elle eut l'impression de revenir à elle, de voir de nouveau clair. L'air abattue, elle réalisa enfin où elle était, ce qu'elle avait fait. Elle se sentit stupide de s'être laissée paraître si faible devant Jarek, stupide d'avoir craqué et pire, d'avoir craquée devant lui. Incapable de croiser son regard, elle le fixa sur ses mains, toujours crispées autour de son verre. La fébrilité était toujours là, mais soudainement remplacée par le calme qu'il avait réussit à ramener. Un calme d'apparence, un calme qui n'était du qu'à l'horreur qui la prenait alors qu'elle se rendait compte de ce qu'elle avait fait...

Elle avait osé exprimer une opinion qui bafouait ses convictions, qui bafouait l'ordre établi que représentait Jarek. Chaque jour il devait arrêter, peut-être condamner et peut-être même exécuter des gens qui avaient osé tenir le même genre de discours. Rien ne l'empêchait de la dénoncer... Et pourtant, au fond d'elle si Eleni n'avait fait que craquer et exprimer le profond malaise qui l'habitait et se confier sous le coup du choc... Si elle pensait ce qu'elle avait dit, en aucun cas elle n'était capable d'agir, de faire ou de dire quoi que ce soit contre l'ordre établi. La présence de Jarek n'était toutefois pas si menacante et l'apaisait. Il comprendrait, n'est-ce pas ? Il comprendrait que c'était la pression de son travail, le choc, et non ses convictions intimes ?

Eleni secoua la tête de droite à gauche, soudainement incapable de parler. Bien sûr qu'elle n'en avait parlé à personne. Il y a quelques mois, elle n'aurait même jamais tenu ces propos. Trop c'était trop, mais si sous le coup de l'émotion, Eleni avait craqué, elle savait que quand elle retrouverai totalement ses esprit, l'horreur de ses paroles la frapperait. Elle savait ce qu'elle risquait, elle savait le risque qu'elle faisait encourir à tous ceux qui étaient autour d'elle. Tenir de tels propos pouvait lui valoir un ticket simple pour l'extérieur, peut-être même pire. En parler, c'était exposer les gens autour d'elle et s'exposer au risque d'être dénoncée. Elle avait craqué auprès de Jarek, elle aurait pu craquer avec n'importe qui, mais jamais elle n'aurait laissé échapper le moindre mot de travers de manière consciente. L'horreur de la situation la frappait. « Je sais je... Je ne réfléchissais pas, c'est juste... C'est juste devenu insupportable à porter sans rien dire mais... » Eleni se sentait à bout de souffle alors que Jarek reprenait. Elle lisait dans ses yeux ce qu'elle avait compris sitôt la raison revenue. Elle était en danger, ses paroles l'avait mise en danger, et Jarek avec elle. Et pendant un instant, elle réalisa qu'il devait la dénoncer. C'était son travail, c'était son devoir. Et pourtant, il ne semblait pas avoir cela en tête, autrement elle se serait retrouvée au poste avant d'avoir pu dire quoi que ce soit... En viendrait-il à la dénoncer ? En viendrait-il à livrer sa propre amie ? Il le fallait, Eleni elle même réalisait qu'elle était en train de trahir, alors même qu'elle ne le souhaitait pas.

- Je suis désolée Jarek, je te mets dans une situation impossible, je t'en supplie oublie que je t'ai parlé de ça... Personne ne doit l'apprendre, je n'en parlerai plus jamais, je n'en ai parlé à personne...

Exprimer son incompréhension, sa lassitude suffisait à en faire une traîtresse. Pourtant, Eleni savait qu'elle n'avait pas ni l'intention ni le courage de se battre. Après ce soir, elle oublierai tout ce qu'elle avait dit, comme si rien de tout ça ne s'était passé. Elle n'oserait jamais plus penser différemment, ou remettre en cause le gouverment.

- Je te le promets Jarek, je ne dirai jamais un mot de plus à quiconque, et je ne dirai jamais que je t'en ai parlé... Tu sais que jamais je ne te mettrai en danger et que je préfèrerai me livrer moi même plutôt que tu ne risques le moindre problème... Et si tu veux que je le fasses je le ferai...

La terreur serrait sa gorge. Elle ne voulait pas mourir, ni être envoyée à l'extérieur du Dôme. Elle devait rester, sinon qui s'occupperai des enfants ? Elle avait peur, peur de mourir, peut de vivre à l'extérieur. Sa foi n'avait jamais été ébranlée, ni en l'Animus ni en le Dôme, elle n'avait fait que protester sur la situation que des hommes avaient instaurés, cela faisait-il d'elle une traîtresse que de penser que le Dôme devait être plus miséricordieux et que ceux qui en dirigeaient la vie n'en faisaient pas assez selon les principes même de miséricorde et d'amour des autres qu'enseignaient l'Animus ? Tout semblait si flou dans son esprit... Mais sa voix perdit la fermeté qu'elle avait acquises et trembla de nouveau.

-  C'est juste que... les jours comme aujourd'hui, je me sens si impuissante... Et j'ai l'impression d'être seule à endurer ça, seule à me rendre compte de ces choses et je voudrai tellement, tellement ne pas y penser... J'ai toujours empêché les douleurs des autres de m'atteindre plus qu'il ne le fallait, mais même moi je sature, je me sens abandonnée et impuissante quand je voudrai faire tellement plus pour les autres... Je n'aurai jamais du craquer, mais maintenant que c'est sorti, cela n'arrivera plus. Je te le promets Jarek, je ne ferai rien qui pourrai te mettre en danger ou qui que ce soit...

Eleni s'était toujours sentie comme une part de quelque chose de plus grand, mais ces derniers temps, elle avait perdu de vue tout cela et ne s'était jamais sentie aussi seule. Elle avait toujours grandie entourée par les autres, l'orphelinat, son éducation avec les autres novices, puis de nouveau l'orphelinat, elle n'avait jamais été seule, mais face à l'horreur elle se sentait abandonnée devant toute cette horreur et ces injustices. Elle ne pouvait jamais arrêter son travail, elle n'avait personne avec qui partager quoi que ce soit d'autre, elle avait besoin de quelqu'un qui serait capable de lui faire déposer son fardeau, de voir qu'il y avait d'autres choses. En attendant, Eleni se sentait seule et abandonnée, sans personne pour lui tendre la main. Jarek avait été cette bouée de secours dans son enfance, puis avec Nari ils avaient été une présence sur laquelle elle pouvait compter, Nari pouvait la comprendre. Depuis son décès, elle ne pouvait même plus se reposer sur Jarek, de peur de l'effrayer, de peur... de peur de l'aimer, et qu'il la rejette pour cela. Elle vivait trop de déceptions, trop d'abandons, elle ne pouvait pas subir le seul qui la toucherai vraiment sans s'effondrer.

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MessageSujet: Re: No Escape [Eleni & Jarek]   Mar 13 Jan - 20:03

No Escape
Eleni Kiriaki & Jarek Volkov
La jeune femme sembla se reprendre un peu. Prendre le temps de penser, après coup, ça aidait à remettre les idées en place. Quand on savait le genre de problème qu’on pouvait se causer (et causer aux autres), il était plus facile de se retenir de craquer. Mais d'une certaine manière, retenir, c'était surtout risquer l'explosion. Les micro-agressions qu'ils encaissaient à longueur de temps, les petites choses qui rendaient la vie un peu moins agréable, tout cela s'accumulait encore et encore, petit à petit. Et ce qui pouvait ne sembler être qu'un ocntre-temps pouvait ressembler à une montagne infranchissable. Avant la mort de Nari, rien ne semblait trop grand pour Jarek. Après sa mort, tout semblait insurmontable. Travailler, se laver, manger, boire... Tout prenait des allures de luttes dont l'issu était plus qu'incertaine. Paradoxalement, ouvrir les yeux sur la réalité du dôme et sur ce qu'il vivait avait légèrement effacé sa dépression. Ou plutôt, la haine et le dégoût s'étaient substitués à celle-ci. Se concentrer sur les coups à rendre, sur les risques à prendre, ça l'occupait et ça l'empêchait de penser trop longtemps à ses pertes et à ses gains plus que minimes. La Crimson Brotherhood n'avait pas fait d'avancées depuis très longtemps et il avait des fois l'impression qu'ils étaient plus des beaux parleurs qu'une réelle armée de l'ombre. Pourtant la volonté était là. Mais à quoi cela servait de faire un commando suicide si leurs idées mourraient avec eux ? Il serait prêt à mourir pour tout ça. Peut être, finalement, que sa dépression servait à ça ? A conserver assez de folie pour mettre la mettre à profit pour une juste cause. Pour secouer les esprits et les consciences. Mais de la folie, aujourd'hui, c'était Eleni qui en avait un peu trop. En même temps, il la comprenait largement. Lui, les attaques, il les prenait indirectement par les immigrés. Chaque acte de violence, incompréhensif et délibéré, le blessait au plus profond. Mais les immigrés pouvaient aussi se défendre, ils n'étaient pas totalement impuissants et plusieurs, lui y compris, avaient réussis à tirer leur épingle du jeu... Mais les enfants, comment arrivaient-ils à faire face à tout ça ? Ils n'étaient même pas en âge de savoir concrètement ce qu'était la mort, pour la plus part, alors le volume de dommage que devait se prendre la jeune Animus Vox à chaque cas désespéré qui passait devant elle, le colonel n'osait imaginer.

La jeune femme s'excusa énormément et parla même de se dénoncer. Réprimant un soupire légèrement exaspéré, Jarek lâcha « Ne raconte pas n'importe quoi. Personne n'ira dénoncer personne ou se livrer à qui que ce soit. Si tu n'en as parlé à personne d'autre, alors, virtuellement, il ne s'est rien passé. » Il avait tellement cultivé son image inflexible que ses propres amis pensaient qu'il pourrait parfaitement poignarder dans le dos les gens qu'il aimait pour le dôme ? C'était à la fois frustrant, déprimant et rassurant. Frustrant et déprimant, car finalement, il se sentait encore plus seul : il avait tellement bien joué le jeu qu'il avait finit par se rendre antipathique auprès de ses proches. Rassurant car ça voulait dire qu'il jouait bien le jeu (même peut être un peu trop?). Il ne le faisait pas pour lui, mais pour la cause, pour ses frères et sœurs qui faisaient de même, à leur niveau. Au moins, il était rassuré qu'Eleni ai attendu d'être chez lui pour se mettre à parler de son ras-le-bol. Elle ne devait pas avoir d'amis proches à l'orphelinat, en tout cas il n'en avait jamais vu. C'était plutôt bon, ça voulait dire que pour le moment, personne ne soupçonnait rien... Mais La jeune femme devrait garder bonne figure et ne montrer aucune différence avec la veille si elle voulait rester discrète.

Finalement, Eleni lui avoua qu'aujourd'hui, c'était le jour de la goutte qui faisait tout déborder. Au lieu de le garder pour elle, elle avait tellement saturé qu'elle s'était retrouvé sur le pas de sa porte à lui. C'était quand même mieux que de la voir finir en prison car elle avait parlé à la mauvaise personne. Enfin... C'était ironique, car techniquement, c'était lui la mauvaise personne selon les dogmes du dôme. Il se racla la gorge et, observant Eleni du coin des yeux, il dit simplement « Ne t'en fais... Tu n'es pas toute seule, il y a beaucoup d'autres personnes qui pensent comme toi. » Il manqua presque de dire encore plus. Il manqua de dire que ces gens là voulaient aussi agir ; ces gens là voulaient que ces situations s'arrêtent ; ces gens là ressentaient exactement la même chose qu'elle. Il finit par se lever, inconfortable. Cela faisait bien longtemps qu'il n'avait pas parlé de ses engagements idéologiques et encore moins avec quelqu'un de proche. Ca devait remonter à des années, avec Joram. A présent, ils n'avaient plus vraiment besoin de parler. Ils savaient. C'était aussi simple que ça. Il n'y avait pas besoin de décrire les atrocités, le ras-le-bol ou les crimes perpétrés par le dôme car ils étaient évidents. Mais Eleni avait porté des œillères trop rigides pendant trop longtemps pour se rendre compte de la taille de ce que le dôme voulait faire avaler aux gens. Jarek s'avança dans la cuisine pour se servir, lui aussi un verre d'eau. Dos à Eleni, il se sentait un peu plus courageux. « Si il y a bien une personne, dans cette pièce, qui pourrait mettre en danger l'autre de part ses agissements, c'est certainement moi. Alors ne t'en fais pas. Ce n'es pas grave. Tant que tu n'en parles pas à quelqu'un d'autre. » Il ne pensait pas la jeune femme stupide et savait qu'elle allait vite comprendre les allusions qu'il faisait. Mais au moins, si l'idée de répéter leur conversation à quelqu'un venait à son amie, même si il savait que ça n'arriverait pas, il n'y aurait rien de bien concret pour l'incriminé. Il termina son verre d'eau et le reposa sur la table. Finalement, ça ne l'avait pas bien aidé et en plus, il se sentait stupide ainsi effrayé par son amie d'enfance alors qu'il se frottait à des types dix fois plus violents et dangereux dans le quartier des immigrés.
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MessageSujet: Re: No Escape [Eleni & Jarek]   Mer 14 Jan - 22:56

No Escape
Eleni Kiriaki & Jarek Volkov


Eleni se sentait bête d'avoir pu imaginer un seul instant que Jarek aurait pu la dénoncer et à ses paroles ne put qu'hoche la tête. Mieux valait se sentir bête que se retrouver devant les tribunaux et face à une mort ou du moins à un exil certain. Et en dehors du Dôme, Eleni ne voyait pas de vie. Après tout, Jarek était à un poste qui faisait de lui quelqu'un de trop haut placé pour risquer qu'un de ses proches tienne de tels propos. En tant que colonel de la milice il devait faire face à ce genre de choses tous les jours, et la répression sous le Dôme n'y allait pas de main morte. Et puis, elle devait admettre que depuis son veuvage, Jarek avait changé. Plus dur, plus inflexible, plus sombre. Eleni savait que son ami avait souffert de la perte de Nari et qu'il ne remontait pas la pente. Le petit garçon qu'Eleni avait cotoyé, le jeune homme qui rayonnait et lui faisait tourner la tête ? Elle pouvait se répéter sans cesse qu'il était toujours là, au fond, quelque part et qu'elle réussirait à le faire sortir de nouveau, elle savait déjà au fond d'elle que ce n'était que des mensonges. Jarek était devenu colonel de la Milice, et accomplissait des tâches en tant que tel qui la ferait frémir. Mais il lui offrait une seconde chance, et Eleni le vit comme un bon signe. Le Jarek qu'elle avait connu n'était peut-être pas si loin sous la surface du colonel. Cette fois du moins, il laisserait passer, plaidant surement pour elle la folie passagère. Et aux yeux d'Eleni, c'était ce qu'était toute cette situation, cela ne pouvait qu'être ça.

Il n'y avait pas de place pour les ingrats, et Eleni se rappela de cela avec un frisson. Elle ne remettait pas en cause l'Animus ou le Dôme, elle n'avait fait que dire à voix haute ce qu'elle pensais des hommes chargés des décisions, qui n'étaient au fond que des hommes, faillibles, tout investis de la charge divine qu'il pouvaient recevoir. Les paroles de Jarek la rassurèrent, elle n'était pas une rebelle, ne le serait sans doute jamais malgré l'effusion de sentiments dont elle avait fait preuve. Elle ne méritait pas réellement d'être punie pour un instant d'égarement, n'est-ce pas ? Pour des paroles qui peut-être ne franchiraient plus jamais les lèvres, la soupape s'était mise en route et s'arrêtait, elle avait tenu 15 ans, elle pourrait sans doute en tenir 15 autres, non ? Elle n'avait de toute façon rien d'une rebelle. Elle était incapable de se battre, s'imaginait incapable de résister à la torture ou de mettre en danger qui que ce soit. Bénis les faibles et les simples d'esprits.

Elle avait eu beaucoup de chance de craquer face à Jarek, quelqu'un d'autre n'aurait peut-être pas hésité à la dénoncer... Et Eleni avait sans doute beaucoup de chance d'être son amie pour qu'il accepte de fermer les yeux. Et à ses paroles, Eleni imagina le nombre d'immigrés qu'il avait peut-être éxécuté, ou expulsé du Dôme, en effet d'autres pensaient sans doute comme elle. Et puis elle réalisa, alors qu'il se levait de ce qu'il avait dit. De la manière dont il l'avait dit. Ce n'était pas une mise en garde, mais était-ce réellement ce qu'elle croyait ? Etait-ce... un aveu ?

- Jarek...

A cet instant, c'est comme si à ses yeux il brillait de nouveau. Tout ce chagrin, toute cette tristesse, les épreuves que la vie lui avait infligés, l'inhumanité qu'Eleni imaginait dans son travail l'avaient-ils changé ? Etait-ce cela, le fossé qui les séparait, la distance entre eux ? Etait-ce parce qu'il avait peur qu'elle finisse par découvrir qu'il pensait ainsi, et qu'elle le dénigre pour cela ? Elle était après tout fervente croyante, élevée au sein de l'Animus Vox et chaque jour vivait en son sein même. Elle avait pendant des années enduré sans jamais se plaindre de la situation, sans en relever l'horreur absurde, sans jamais incriminer ni oser lever le poing au ciel. Eleni lui colla l'image qu'elle ne lui avait pas encore collée, celle du solitaire qui se tient en dehors pour ne pas mettre les autres en danger. Le rebelle qui n'ose laisser personne l'approcher de peur que son terrible secret se sache. Lui aussi pensait que les choses ne tournaient pas rond ? Que le gouvernement entretenait une société gangrenée par les privilège, marchant sans vergogne sur les plus faibles ?  Il prit les airs d'un héros silencieux. Son travail avait-il changé sa vision des choses ? Cela lui apporta un peu de réconfort, peut-être n'aurait-elle pas à oublier ces pensées, et elles ne l'obligeraient pas à cesser ce qu'elle faisait, comme si l'un et l'autre n'étaient pas incompatible. Après tout, si Jarek conciliait les deux, elle le pourrait aussi. Sans s'en rendre compte, Eleni s'était relevée, alors qu'il prenait de nouveau la parole, lui tournant le dos comme s'il n'avait pas la force de la regarder. Elle resta immobile, interdite et encore secouée. Elle avança jusqu'à lui comme si elle ne contrôlait pas ses propres mouvements, sans réfléchir, se laissant totalement porter par son instinct.

- Je n'en parlerai pas Jarek, jamais, tu peux me faire confiance... Tu sais que tu peux me faire confiance, je serai toujours là pour toi.

Eleni posa sa main sur son bras, frissonant presque à ce contact. Les émotions se bousculaient encore en elle. La colère, le dégout, la confusion, le soulagement, l'espoir... la fébrilité de se trouver si près de lui... Eleni avait jusqu'à cet instant accepté que son blasphème en était un, qu'elle ne devait pas penser ainsi et après cette soirée oublier à jamais la moindre pensée semblable sur ce sujet, et ce à jamais. Parce que c'était un blasphème justement, parce qu'elle ne pouvait accepter de penser différemment des autres. Elle s'était toujours conformée à la pensée qu'on lui avait inculqué, à la pensée qui devait prévaloir, à celle de tout le monde. Imaginer sortir du moule la terrifiait. La solitude la terrifiait à vrai dire. Mais si quelqu'un d'autre pensait comme elle, si elle avait Jarek à ses côtés... Cela ne signifiait pas qu'elle continuerai dans cette voie, elle était consciente qu'elle ne devrait plus en parler, qu'elle ne devrait même plus y penser de peur de se trahir. Mais si lui aussi pensait la même chose, si seulement ils se soutenaient... Ils n'auraient pas besoin d'en parler et dans un élan de folie peut-être Eleni s'imagina qu'il serait là lorsqu'elle penserait à toutes ces choses, lorsque la tristesse de savoir cela et de ne rien pouvoir faire la submergerai, qu'il serait l'épaule sur qui se reposer comme elle avait voulu l'être pour lui, que peut-être il la prendrait dans ses bras dans lequels elle trouverait du réconfort peut-être, peut-être était-ce ce qui lui manquait pour enfin la voir, il attendait d'elle qu'elle partage son point de vue ?

Elle avait toujours souhaité être là pour lui, peut-être qu'après ces années à hésiter en retrait, incapable de l'aider autant qu'elle l'aurait souhaité pour ne pas salir la mémoire de Nari, mais aussi plus égoïstement pour tenter de se protéger. A chaque fois qu'elle sentait qu'elle s'approchait trop de lui, elle ne pouvait que faire un pas en arrière, de peur de le blesser, de peur qu'il la blesse. Elle se réfugiait dans son travail, dans ses enfants pour ne pas ressentir la solitude, mais elle savait qu'elle ne pourrait s'en défaire. La seule chose qui pourrait réellement briser cette solitude qui lui pesait tant tenait à quelques mots seulement, des mots qu'elle avait entendu avant mais qui ne résonnait jamais de la manière dont elle les imaginait venant de Jarek. Elle était stupide, profondément stupide, plus amoureuse de l'idée de l'être qu'elle ne l'était, sans doute. Inconsciente de s'accrocher à une fantaisie d'adolescente. Et pourtant à cette instant là, lorsque lentement elle prit sa main, le tournant vers elle, elle n'avait plus l'impression de toucher le sol. Encore sous le choc, bien trop aisément influençable, elle avait cessé de réfléchir.


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MessageSujet: Re: No Escape [Eleni & Jarek]   Mar 27 Jan - 20:33

No Escape
Eleni Kiriaki & Jarek Volkov
Sa nuque était raide et un frisson parcourus son échine alors qu'il serrait ses doigts autour de son verre. Ses petits moments de faiblesse, il ne les partageait pas généralement. Avec personne. Depuis tout petit il avait comprit que la faiblesse n'était pas quelque chose de très bien accepté dans les hautes sphères où il avait grandit. Il y avait une espèce de consensus qui voulait que le dôme résolvait tous les problèmes et rendait l'existence parfaite. Ainsi, manifester une quelconque idée de mécontentement était regardé avec méfiance. Non pas qu'on aimait pas les gens insatisfaits mais se mettre à critiquer une chose amenait aussi et surtout d'autres critiques... Et en suivant ce cheminement, on en avait pas finis, ça ouvrait toutes les vannes et les gens se rendraient bien compte qu'il y avait un gros problème dans tout ce système. Ainsi, Jarek avait toujours appris à intérioriser et à ne jamais rien dire de ce qu'il pensait vraiment, à personne. Tout seul avec ses pensées. Il n'avait jamais vraiment prit la peine de s’apitoyer sur cet état de fait tellement il y était habitué. L'idée qu'il pourrait peut être partager ce fardeau avec Eleni fit son chemin en une petite seconde dans son cerveau avant qu'il ne la rejette. Cette idée pouvait être dangereuse, pour lui, pour elle, pour toutes les personnes qui leurs étaient connectés. Et surtout, il avait peur de perdre ses défenses et ses habitudes. Aussi malheureux qu'il pouvait être dans toute cette histoire, il s'était finalement habitué à cette routine sombre et triste ainsi qu'aux horreurs qu'il perpétrait, qu'il voyait et entendait. Après tout, il avait décidé de continuer discrètement, il devait être prêt à faire ce sacrifice. Les choses auxquelles il croyait étaient bien plus grande que sa petite personne et se soulager d'un fardeau n'était pas une assez bonne raison pour mettre en danger ses connaissances plus ou moins proches. Se tuer à la tâche ne lui faisait pas peur, il l'avait décidé et accepté. Jamais de la vie il ne penserait mourir d'une vie paisible. Il partirait dans le sang et la violence, à l'image de ce qu'il avait toujours accompli dans son boulot.

Il entendit Eleni se lever, derrière lui alors que ses pensées étaient totalement désordonnées. Il leva le verre et en but une gorgée, plus pour se donner une contenance que par réelle soif. Ses doigts se crispèrent quand elle posa sa main sur son épaule. A force de n'expérimenter que le contact humain par les coups et la bataille, sa peau avait enregistré les autres peaux comme des ennemis, des choses à éviter. Il n'alla pas jusqu'à s'écarter de son amie, mais il était al à l'aise, incapable de savoir vraiment quoi dire et faire. Pourtant, Nari n'était pas morte depuis autant de temps et il avait encore en souvenir sa douceur et leur intimité. Mais quelques fois il avait l'impression que tout ceci représentait plus un vague souvenir laissé par un rêve trop vivace et que finalement, rien ne s'était passé. Cette maison vide à présent, ne portait plus de trace du passage de sa femme et il avait peuplé ces murs de sa dépression et de son ressentiment. Rien de positif. Alors que Nari, elle, avait réussi à faire sortir le meilleur de lui... Ou était-ce ça, le meilleur de lui ? Conscient, mais exécrable et rongé ? Aurait-il voulu retourner en arrière, tout oublier et simplement retrouver sa femme ? Il n'en avait aucune idée et se refuser d'y répondre. Car il savait ce qu'il dirait et si il y pensait trop, ce serait la fin de son combat. Redevenir aveugle, s'autoriser à être heureux et ignorer les autres. C'était trop beau pour être vrai. Il n'arriverait pas à effacer tout ces gens de son esprit. Il avait fait un pas qu'il ne pourrait plus effacer. Aucun retour en arrière.

Eleni le sortit de l'espèce de transe dans laquelle il n'avait plongé qu'une demi seconde mais qui avait semblé durer une éternité pour Jarek. Elle lui demandé de lui faire confiance et qu'elle ne parlerait pas. Il en était assez convaincu et ça lui fit peur. Et si elle ne parlait pas sous la torture, jusqu'où est-ce que ça irait ? Lui, tristement, le savait, cette perspective le fit bouillonner. Il aurait pu simplement lui dire de se taire, de ne plus en parler et il l'aurait foutu dehors. Elle aurait eu peur, elle aurait arrêté de dire tout ça et ils auraient continué comme avant. Il aurait eu son rôle de colonel, intouchable et hors d'atteinte, et son rôle à la fraternité, discret et intégré, et il aurait continué comme ça jusqu'à sa mort. Sa mort à lui, et c'était tout. Mais là, en deux phrases il l'avait impliqué. Il l'avait mit en danger et à présent, c'était quelque chose qu'il ne pouvait pas reprendre. Le colonel reposa le verre d'une manière sec. Encore un peu et il aurait pu briser l'objet. A présent la main d'Eleni sur son bras lui brûlait presque la peau tellement son propre comportement l'irrité. « Tu dois partir. Pars. » dit-il en un seul souffle, précipité, comme si il essayait de devancer quelques chose dans sa tête. Ne pas penser au bien que ça lui ferait de tout laisser sortir. Surtout pas. Sinon il ne voudrait pas qu'elle parte, et ce n'était pas sûr pour elle. Il lui tourna encore une fois le dos et se dirigea vers la porte. « Tu dois partir. Assez de dégâts. T'es trop en danger. » Et il ne savait pas si il pouvait la protéger. Il pouvait relativement garder un œil sur ce qui se passait au Cerberus Hall, mais il ne pourrait pas devancer la milice qui s'occupait des habitants du dôme comme ça. La fuite, meilleure stratégie possible... En tout cas, par rapport à sa perspective chaotique.
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No Escape [Eleni & Jarek]

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